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Libération
Critique

Lewis en jambes

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Publié le 30/03/1995 à 1h44

L'intervieweur est quasiment aphone. L'interviewé, 86 ans, alerte et longue carcasse passablement délabrée, a eu le tympan crevé dans les années 50 pour avoir plongé trop profond après un mérou sur la côte catalane. Il est sourd de l'oreille gauche (chute de moto en Afrique du Nord pendant la guerre). La journée de février est somptueuse, presque printanière. Le village de l'Essex où notre homme habite une ancienne maison de pasteur avec serre et jardin ne correspond pas du tout à ce qu'il en a souvent dit publiquement: le «pire endroit d'Angleterre» se révèle être pimpant, apparemment hors d'âge. Mais Norman Lewis prévient: «Je mens à la façon des Gallois: même quand j'exagère, ça finit par devenir vrai.» Pessimiste heureux (comme il se décrit lui-même), il lorgne le Panasonic avec curiosité. «Ça enregistre?», demande-t-il à plusieurs reprises. A la troisième fois on se doit de vérifier. Les piles sont bonnes, la cassette tourne, rien n'est enregistré et rien ne pourra faire marcher le fichu truc. Ni Norman Lewis ni sa femme Lesley ne semblent autrement surpris. De la cuisine ensoleillée où elle prépare le lunch, Lesley remarque seulement: «Vous n'êtes pas le premier à qui ça arrive ici.» Lewis hoche la tête: «Poltergeist... La région en est truffée, paraît-il. Il y a cette femme au bout de la route, qui écrit des romans à l'eau de rose, Evelyn Anthony; elle a vendu sa maison à cause de ça. Et Ian Aldridge, l'auteur de thrillers, a fait exorciser la sienne. Les deux pubs d

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