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Libération
Critique

Le mal de mère. Amour, chagrin, deuil et mélancolie: la disparition d'une mère à travers les mots sans enfantillages d'un enfant. «Les Jours perdus», premier roman de Jérôme d'Astier. Jérôme d'Astier, LES JOURS PERDUS. Verdier, 96 pp., 78 F.

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Publié le 25/05/1995 à 4h46

Les jours perdus sont ces jours retrouvés sous la plume de

l'écrivain lorsqu'elle s'immisce sous de vieilles croûtes de l'âme, les soulève lentement, avec précaution pour ne pas les déchirer, jusqu'à porter au jour ces petits morceaux de peau rose cachés, oubliés, purs, fragiles, souvenirs innocents comme des nouveau-nés, contemporains de la blessure, de plain-pied avec l'enfant qui en souffrit, même si celui qui tient le scalpel a laissé filer les décennies entre la peau morte et la peau vive, l'air du temps n'a pas pu les oxyder.

Ces jours perdus et retrouvés sont ceux de Jérôme d'Astier, un premier petit livre lisse et tendu comme la peau d'un tambour que la moindre caresse, le simple feulement du regard lisant, fait vibrer d'émotion et pénètre le coeur. Un enfant parle, il ne dit ni son âge ni son nom, il parle d'amour. L'essence de son jeune âge lui commande de confondre ce qu'il voit et ce qu'il sent, ce qu'il sait et ce qu'il croit, de mêler en de mêmes sentiments la culpabilité et l'innocence, le désir et le chagrin, le deuil et la mélancolie.

Il dit l'amour et la douceur que traverse la mort de sa mère, et plus loin, l'absence et la consolation. Jérôme d'Astier nous embarque dès la première phrase dans l'apparente simplicité d'une langue d'enfant sans enfantillages, parfois même émaillée de mots rares, décantée, où la sincérité est évidence, même dans la cocasserie: «Nous avons vécu des mois dans le silence. Il ne fallait pas faire de bruit, à cause de la maladie de ma

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