Menu
Libération
Critique

Autant pour moi. Sociologie. Cas rare, le sociologue américain Albert O. Hirschman témoigne d'«Un certain penchant à l'autosubversion» pour réexaminer la validité de ses thèses à l'aune d'une réalité qui prend un malin plaisir à les invalider.

Réservé aux abonnés

Publié le 08/06/1995 à 6h16

Au rebours des assassins, les théoriciens reviennent rarement sur

les lieux de leur crime. Et lorsque la réalité ose contredire leurs modèles, ils préfèrent souvent observer un silence prudent plutôt que d'ajuster leurs théories à l'épreuve des faits. Dans un livre à l'humour décapant, l'Américain Albert Hirschman, professeur émérite à Princeton et sociologue américain peu conformiste, rompt cette douteuse omerta: Un certain penchant à l'autosubversion entend tout bonnement vérifier la validité des thèses qu'il a lui-même défendues au fil des ans.

Ainsi, le modèle qu'il avançait dans Défection et prise de parole a-t-il tenu ses promesses? Dans cet ouvrage paru en 1972 aux Editions ouvrières sous le titre de Face au déclin des entreprises et des institutions et aujourd'hui réédité, Hirschmann affirmait que les acteurs disposaient de deux armes pour s'opposer aux entreprises ou aux formations politiques décevant leur attente: la défection ­ le client abandonne le produit, le militant quitte son organisation ­ ou la prise de parole ­ le consommateur comme l'adhérent manifestent leur courroux. Chemin faisant, l'auteur examinait l'efficacité différenciée de ces deux modes de contestation. Un monopole d'Etat sera ainsi plus sensible à la prise de parole (plainte des consommateurs...) qui risque d'alerter sa tutelle qu'à la défection silencieuse de ses usagers (la puissance publique comblant systématiquement les déficits). De même, la prise de parole (même silencieuse...) se révèle p

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique