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Critique

A chlore perdu. Comment noyer ses chagrins d'amour et garder la tête hors de l'eau: «le Désir d'Equateur» par Cécile Wajsbrot. Cécile Wajsbrot, LE DÉSIR D'EQUATEUR. Zulma, «Vierge folle», 100 pp., 85 F.

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Publié le 29/06/1995 à 5h49

C'est l'histoire d'une femme qui va à la piscine, un coup elle nage

sur le ventre, un coup elle nage sur le dos. Ça dépend, elle fait des longueurs. Elle dit qu'elle préfère, c'est la première phrase du livre: «Je préfère aller à la piscine, le chlore se mélange au reste et je ressors, les yeux rougis, mais les autres aussi. Quand je nage sur le dos, je peux croire que l'homme qui me suit vient pour moi. Il m'arrive de le voir, de croiser son regard, de lancer un appel, invisible et muet, à sa façon de nager, je devine le reste. Ceux qui forcent, ceux qui coulent, et, le plus rare, ceux qui ondoyent.» Elle les appelle «les poissons à lunettes», ces hommes qui nagent, indifférents dans cette promiscuité sans intimité des eaux chlorées, elle dit: «Je rêve du premier venu, il n'est pas si facile à trouver.» Mais non, elle vient pour le chlore, pour noyer ses larmes, noyer ses sentiments, parce que c'est indécent, c'est démodé les sentiments.

C'est comme la guerre du Golfe qu'on passe le soir à la télévision, une guerre propre, chirurgicale, comme on disait, sans chagrin, ni sang ni larmes, «des embrasements vert et blanc, couleur eau de piscine, et quelqu'un qui explique, on vise ce point, la bombe va exploser dans deux secondes, voilà, opération réussie, le secteur a été nettoyé, et ces façades abritaient des gens, où sont-ils, que sont-ils devenus, mais qui parle de gens? C'est une guerre post-moderne, il n'y a pas de gens».

Elle, c'est pareil, son secteur a été nettoyé, des amo

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