Depuis quelques années déjà, les historiens, délaissant le champ
labouré de la collaboration d'Etat, se penchent sur l'oeuvre intérieure de Vichy et mesurent à cette aune l'adhésion de la société française au régime pétainiste. Le livre de Jean-Pierre Le Crom s'inscrit dans cette veine puisqu'il envisage la politique corporatiste menée durant les années sombres par le vieux Maréchal. Le sujet reste austère, et les débats parfois houleux des sectes, cercles, écoles et autres clubs corporatistes peuvent susciter un intérêt poli mais distant. On aurait tort, toutefois, de mésestimer l'importance de cette question. Vichy, on s'en souvient, prétendait tordre le coup à une funeste lutte des classes et régler, par le corporatisme, l'empoisonnante «question sociale» léguée par le XIXe siècle. Autant scruter dès lors l'oeuvre sociale du régime, en définissant sa doctrine et en dressant son bilan.
L'avant-guerre se solde par quelques mécomptes pour le syndicalisme français. Le réformisme rêvé par Albert Thomas comme les conventions collectives tentées en 1919 débouchent sur une impasse. L'embellie du Front populaire tourne court, le patronat français tentant de prendre sa revanche sur une CGT affaiblie à la veille de la guerre. A la différence de la Grande Guerre, aucune Union sacrée ne se met en place et les relations sociales restent placées sous le signe du conflit. Vichy, en 1940, recueille cet héritage, et l'exacerbation des tensions d'avant-guerre explique en partie sa politique




