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Critique

Harrison hors champ. Après des déconvenues avec le cinéma, Jim Harrison semble, avec «Julip», être sorti de sa déprime pour trouver à nouveau le sexe joyeux et la nature formidablement vivante. Jim Harrison, JULIP, traduit de l'anglais par Brice Matthieussent. Christian Bourgois, 322 pp., 140 F.

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Publié le 13/07/1995 à 6h22

On retrouve Jim Harrison dans le Dolorosa beige, son meil- leur

récit depuis un bail. On reconnaît la verve et l'énergie de l'auteur de L'homme qui abandonna son nom et de Sorcier, on distingue aussi le bonhomme et ses obsessions sous les contours de son personnage, un prof de fac largué, mis au rencart par la vague du politically correct. Phillip Caulkins soigne sa dépression en bon sauvage, sur les terres reculées de l'Arizona du Sud: «Je dois me dépouiller de mon ancienne vie comme, paraît-il, un serpent mue et se débarrasse de son ancienne peau.» Il apprend ainsi à dormir à la belle étoile, la tête orientée vers le nord; il noie et fracasse montre et réveil dans un cocasse accès de surexcitation, au plus profond d'une nuit sans sommeil où il a «élaboré plusieurs versions d'un nouveau calendrier dont tous les mois ne compteraient qu'entre trois et sept jours», il se perd à dos de cheval sur les terres rudes à la frontière du Mexique, débusque des sources secrètes et entreprend de rebaptiser les nombreux oiseaux qui s'aventurent sur ces contreforts montagneux (le passereau devient «Dolorosa beige» en écho à «une phrase musicale de Mozart»).

Une parfaite cure. Le professeur renaît au contact de la nature, il mue, pensée chère à Harrison qui a subi lui-même plusieurs effondrements mentaux: «Selon une croyance indienne, explique l'écrivain, on doit passer par un stade où l'on devient un animal quand on très malade mentalement. On en sort guéri, transformé. Ou on ne s'en tire

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