Bernard Chambaz avait 12 ans, peut-être 13, le 19 mars 1962, lorsque
le cessez-le-feu s'imposa en Algérie, à midi. L'histoire de cette poignée de soldats du 5e escadron du 27e régiment de dragons tombée dans une embuscade sévère quelques heures, quelques minutes avant la fin de cette guerre, n'est donc pas la sienne. Non. Et la sienne pourtant, tant le récit qu'il en donne est précis, minutieux, réel, personnel, tant ces jeunes gens, à la seconde même de mourir ou de sauver leur peau, ont sous la plume de Chambaz toute la dimension humaine, celle que chacun se prête à soi-même, avec sa part de rêve et d'illusion, sa part de mélancolie, de solitude. Et la nôtre, ici, ailleurs ou autre part, avec la conscience de n'être qu'un nom, un prénom, deux dates, l'une pour naître, allez savoir, et l'autre pour mourir, incertaine, dans deux secondes au creux d'un oued algérien, juste avant qu'on siffle la fin de la guerre, ou dans trente ans, cinquante, selon les promesses statistiques de l'espérance de vie, comme si la vie était une espérance chiffrable, le dos à un rocher, à regarder sa montre, comme un arbitre dérisoire, sans la force de jouer les arrêts de jeu.
A l'enseigne de l'Orgue de Barbarie on trouve tout ce que l'on pourrait chercher pour faire un bon livre, voire un bon film, sur la guerre d'Algérie, vue du côté des forces de pacification: le cuistot replet, le fan de la conduite automobile, le bout-en-train, l'adjudant Kronembourg, le casse-cou, le sous-off cultivé, l'officie




