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Libération
Critique

Banks, VTT et MTV.

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Dans une Amérique qui peine à comprendre où elle va, l'approche d'une génération qui prend la tangente. «Sous le règne de Bone», par Russell Banks. .

Publié le 28/09/1995 à 7h54

Le paysage n'a pas bougé. Nord-Est des Etats-Unis. Contreforts des Adirondacks, forêts noires, routes balayées par le blizzard, étroites villes industrieuses, isolées, «qui sont de celles que l'on quitte, pas de celles où l'on revient». Un coin d'Amérique dur comme le gel, où Russell Banks ramène invariablement les personnages de ses romans. «Ces cités ouvrières à l'abandon résonnent dans mon esprit, expliquait-il l'hiver dernier, pour certains écrivains, il y a comme ça des endroits qui ont la puissance du rêve. Chaque détail prend un sens et une qualité lumineuse.» Le décor s'est pourtant estompé. Dans Sous le règne de Bone, ambitieux roman lancé en grande pompe en Amérique sur les brisées des deux oeuvres majeures de Banks ­ Affliction et De beaux lendemains ­, la région d'Au Sable et de Plattsburg prend à peine corps. Chappie, alias Bone, l'adolescent qui donne sa voix et sa langue au récit, à la manière du Holden Caufield de l'Attrape-coeurs, ne remarque plus rien du pays qui cerne les villes où il traîne son ennui; il semble étranger pour de bon, détaché, insensibilisé au climat, aux nuits trop longues, à «la sombre dureté des paysages» qui hantent les personnages de Banks et font écho à la claustrophobie des familles.

Dès qu'il s'adresse au lecteur dans son parler perso d'ado gentiment embrumé, on sent bien que Chappie vit reclus dans son propre monde, en porte à faux avec l'existence. Qu'il prend langue pour ces enfants rejetés dont Banks s'inquiète («Une communauté q

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