Les crimes que nous cherchons à condamner et à punir ont été si prémédités, si néfastes et dévastateurs, que la civilisation ne peut tolérer qu'on les ignore, car elle ne pourrait survivre à leur répétition. Que quatre grandes nations exaltées par leur victoire, profondément blessées, arrêtent les mains vengeresses et livrent volontairement leurs ennemis captifs au jugement de la loi est l'un des plus grands tributs que la Force paya jamais à la Raison», déclarait solennellement le juge Jackson, le 20 novembre 1945. Par ces paroles, le procureur américain ouvrait à Nuremberg un procès exceptionnel. Par sa durée, bien sûr, puisque les audiences se succédèrent près d'une année durant, le procès s'achevant le 1er octobre 1946. Par la nature des accusés, ensuite, la quasi-totalité des dignitaires nazis encore en vie (Göring, Ribbentrop, Keitel ...) devant rendre des comptes aux Alliés. Par l'émergence de nouvelles catégories juridiques, enfin: les inculpés furent non seulement accusés de «complot contre la paix» et de «crimes de guerre», mais également de «crimes contre l'humanité», une catégorie juridique nouvelle mais promise à un riche avenir. Nuremberg constitue donc un moment de l'après-guerre, et en versant aujourd'hui au dossier les pièces de son volumineux témoignage, Telford Taylor offre un éclairage stimulant sur les coulisses d'un Tribunal aussi célèbre que méconnu.
Rien pourtant ne prédisposait Telford Taylor à participer aux travaux du Tribunal militaire internationa




