En 1920, l'Islande était une île. On ne peut pas dire que la
situation ait vraiment changé, sinon qu'aujourd'hui, et ce depuis 1978, on peut en faire le tour par la route. Avant, les seules liaisons entre les zones côtières, les seules habitées, s'effectuaient par la mer. Et voilà un homme, Louis-Frédéric Rouquette, né à Montpellier en 1884, moitié journaliste, moitié diplomate, qui débarque à Seydisfjordur en 1920, dans ce fjord de l'Est, un appareil Pathé sur l'épaule avec l'idée d'aller filmer Reykjavik de l'autre côté du pays. Le bateau tarde, il s'impatiente et décide de traverser l'île par terre, ce qui relève de l'exploit, même en été. L'Ile d'enfer est le récit, étonnamment modeste et concret, au jour le jour, de ce voyage téméraire. Avant d'en entreprendre la lecture, on recommande de se munir d'une bonne carte du pays que l'éditeur n'a pas daigné fournir, à moins qu'il ait suivi à la lettre la remarque de son auteur: «Si les hasards de votre destinée vous conduisent en Islande, je vous conseille vivement de ne pas vous fier aux cartes routières du pays», il est vrai qu'à l'époque, l'Islande comptait plus de noms de lieux que d'habitants. La carte seule pourtant permettra d'apprécier le détour que la nature oblige.
On dit que la première impression est la bonne, voici ce que Rouquette vit du bateau: «La terre est là. Ce qui frappe surtout, c'est la désolation, la nudité des monts, sans un arbre, sans un arbuste, sans un buisson, c'est le roc primordial tel qu'il a jai




