Le Voleur de vie est le premier roman de Steinunn Sigurdardottir, il
a paru en 1986 chez Idunn à Reykjavik sous le titre Timapjofrinn, ce qui signifie le Voleur de temps, titre déjà très occupé en français par trois ou quatre livres. Dommage car c'était un bon titre pour le roman de Steinunn, le temps y est offert, comme une mort, et personne ne le prend, le voleur en question, l'amant en allé, choisit l'oubli, il refuse le partage de ce temps, il le délaisse, le gâche, c'est ainsi qu'il le vole, et Alda reste seule, avec tout son temps à pourrir, elle joue avec, sans joie, comme un chat suicidaire avec une souris morte. Et puisque le titre original était pris, un autre sur la couverture en dit autant, l'illustration de Wilhem Hammershoi: Jeune Femme vue de dos dans un intérieur. Voilà, le Voleur de vie est l'autoportrait d'Alda, «une jeune femme vue de dos dans un intérieur», de dos, forcément, puisqu'on voit bien qu'elle s'éloigne, chez elle ou au bout du monde, qu'importe, elle s'en va vieillir trop vite, consciencieusement, en dehors du temps, l'autre bandit ayant innocemment tout emporté.
Alda était professeur de langue au lycée de Reykjavik, belle et libre, jouant à 37 ans de son corps et de son charme avec un dédain blasé. Car Alda se prend pour une aristocrate, ce qui est plutôt cocasse dans un pays où l'aristocratie n'existe pas, d'autant moins que ce qui sert de patronyme (le prénom de son père) ne se transmet pas, mais Alda échappe à cette règle, elle s'appelle Alda




