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Critique

Les voix de Buber

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Rénovateur de la pensée juive et pionnier de la réflexion sur l’Autre, Martin Buber a d’abord parcouru toutes les voies de la mystique extatique, pour décrire dans ses autres ouvrages l’épopée spirituelle du Hassidisme.

Publié le 07/12/1995 à 11h30

Martin Buber a 30 ans lorsqu’en 1909 il publie chez Eugen Diederichs les Confessions extatiques. A l’époque, Buber était surtout connu pour ses activités au sein du mouvement sioniste. Bien que ne partageant pas tout à fait la vision politique de Theodor Herzl, le père fondateur, il avait été néanmoins rédacteur en chef de Die Welt, l’organe officiel du sionisme. Aussi ses Confessions extatiques passent-elles inaperçues: que venait faire, dans l’optique d’un renouveau de la culture juive, cette anthologie qui, du monachisme grec aux soufis, des maîtres hindous ou chinois aux grand(e) s «extatiques» de l’Occident chrétien, recensait toutes les sources de l’expérience mystique, en ne laissant qu’un «supplément» de trois pages à la mystique juive? De fait, les Confessions n’entreront jamais vraiment dans l’oeuvre de Martin Buber.

Que le recueil soit traduit en français près d'un siècle après sa parution n'aide guère à lui donner un statut précis. Si n'était la réputation de l'auteur, signant une introduction de quelques pages, une telle collection d'extraits, qu'aucun commentaire n'éclaire, ne pourrait valoir à aucun titre, sinon documentaire ou pratique. Aujourd'hui on peut se procurer très facilement les oeuvres de Thérèse d'Avila ou de Hildegarde de Bingen, de Plotin, de Lao-Tseu ou de Jakob Boehme, et on ne compte plus les études consacrées à la mystique rhénane ou hollandaise! Aux quelques pages d'Angèle de Foligno choisies par Buber, pour ne faire qu'un exemple, on

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