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Libération
Critique

Le patron est occupé. Le patronat français n'a pas, dans son ensemble, pris fait et cause pour la collaboration, mais il s'est montré peu regardant pour remplir ses bons de commande. Une étude en demi-teinte, par Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazéra. Renaud de Rochebrune, Jean-Claude Hazéra, LES PATRONS SOUS L'OCCUPATION. Odile Jacob, 874 pp., 195 F.

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Publié le 28/12/1995 à 10h56

Je n'ai vu aucun de vous, messieurs, à Londres" Ma foi, après tout,

vous n'êtes pas en prison», aurait déclaré le général de Gaulle à une délégation d'entrepreneurs venue le rencontrer à la Libération. L'homme du 18 Juin semblait ainsi porter un jugement sans appel sur un monde patronal soupçonné d'avoir soutenu le régime vichyste et collaboré avec l'Allemagne nazie. Le livre de deux journalistes, Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazéra, récuse pourtant cette légende noire. En présentant une série d'exemples significatifs, en se fondant sur des archives largement inexploitées (les dossiers d'épuration, notamment), ils offrent du patronat une image moins caricaturale.

Certes, quelques chefs d'entreprises ont ouvertement choisi la voie de la collaboration. Pourtant situés en zone Sud, les établissements Berliet n'hésitent pas à satisfaire les commandes en poids lourds que passe l'occupant. De même, une entreprise de BTP, Sainrapt et Brice, construit abris, blockhaus et cales de lancement pour les Allemands, une activité qui, selon les estimations, aurait représenté de 41 à 61% de son chiffre d'affaires. Le destin d'un Joinovici illustre enfin la collaboration crapuleuse. Ce chiffonnier, pourtant d'origine juive, fera fortune en trafiquant avec l'Abwehr mais ne sera condamné qu'à cinq ans de prison en 1949, grâce aux services (judicieusement) rendus à la Résistance française. D'autres entreprises suivent en revanche un destin plus contrasté. L'Air Liquide est marquée par l'eng

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