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Prêcheurs d'Islangue

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Jaloux de leur langue comme de leur pays, les Islandais ont conservé depuis mille ans, contre vents, marées et invasions, leur langue dans la glace, en ciselant, progrès oblige, des kyrielles de néologismes. Histoire d'un peuple arrimé à son parler et à son écriture, seuls éléments stables dans un pays où la terre bouge tout le temps.

Publié le 04/01/1996 à 0h22

Islande, envoyé spécial

Au commencement était le Verbe. Et, juste avant, la bouche pour le dire. Ainsi, lorsque les premiers Vikings (vik est une «baie», et les Vikings sont les hommes de la mer) s'installèrent en Islande en 874, ils baptisèrent le pays snaeland, «la terre de neige», puis, grelottants et blêmes, ils se ravisèrent et optèrent pour Island, «la terre de glace», un nom que rien depuis n'est venu contredire. Ils venaient de Norvège, la langue qu'ils parlaient alors était commune aux peuples scandinaves, le norrois, et puisque la glace et l'isolement conservent, un bon millénaire plus tard, on la parle encore en Islande. Quatre siècles après l'avoir peuplée, en 1262, lorsque les Norvégiens revinrent coloniser l'île (avant de passer, en 1380, sous tutelle danoise pour une longue nuit de six siècles), ils ne se comprenaient déjà plus, les langues scandinaves avaient largement divergé quand l'islandais restait pour longtemps imperturbablement classique.

L'indépendance et la démocratie couvaient en Islande depuis trois ou quatre générations lorsque la République fut proclamée, le 17 juin 1944. La langue était intacte. Un peu comme si, dans un pays isolé d'Europe du Sud, on eût continué à parler, lire et écrire le latin, un latin langue vivante. En mille ans, les Islandais n'ont pas ménagé leur peine pour que vive leur langue: un premier traité de grammaire (anonyme) a paru dès le XIIe siècle, ils ont donné à la famille linguistique scandinave une des plus belles litté

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