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Libération
Critique

Modiano, suite anglaise.

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Fantômes flottants qui ne vivent que par ce qu'ils ont vécu, les héros de Modiano viennent «Du plus loin de l'oubli», hantent Paris, mais aussi le Londres des années 60, au parfum de chanvre indien.

Publié le 11/01/1996 à 0h05, mis à jour le 11/01/1996 à 0h05

En exergue de l'un de ses précédents romans, Patrick Modiano citait René Char pour qui «vivre, c'est achever un souvenir». Modiano achève bien les souvenirs. Du plus loin de l'oubli, son dix-septième roman (il publia le premier, la Place de l'Etoile, en 1968, il avait 23 ans), en est une illustration supplémentaire. Trente ans après, en voyant une femme en qui il reconnaît celle qu'il a aimée fugacement dans sa jeunesse, un homme se souvient. De sa rencontre, à 20 ans, avec un couple de jeunes gens, dans le Quartier latin des années 60: un certain Gérard van Bever, qui gagnait sa vie en jouant dans les casinos de la côte normande, et Jacqueline, sans patronyme ni activité bien précise, juste une renifleuse d'éther dans sa petite chambre d'hôtel, quai de la Tournelle. Lui, le narrateur, un faux étudiant, vivait alors d'expédients. «Je me souviens à peine, note ce dernier, des autres détails de cette période de ma vie. J'ai presque oublié les visages de mes parents. J'avais habité quelque temps encore dans leur appartement, puis abandonné mes études et je gagnais de l'argent en vendant des livres anciens. C'est peu après avoir connu Jacqueline et van Bever que j'ai logé dans un hôtel voisin du leur, l'hôtel de Lima. Je m'étais vieilli d'un an en modifiant la date de naissance inscrite sur mon passeport, de sorte que j'avais l'âge de la majorité.»

Très vite, le narrateur tombe amoureux de Jacqueline, elle aussi, et les deux jeunes gens échafaudent des projets de fuite. Il ira ju

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