A l’heure où l’on mesure la qualité des hommes à la quantité de leur ouvrage, de la matière qu’ils ont laissée sous eux, l’oeuvre de Pierre Michon apparaît maigrichonne et ne guère mériter qu’un frugal salaire. A 50 ans, il a installé sur l’étagère de notre bibliothèque une demi-douzaine de titres, finement rangés comme les doigts d’une main debout dont la paume frêle n’excède pas le travers d’une lame de couteau. Il n’a pas hérité de ces doigts courts et larges de taupe, ceux qui remuaient les outils et la terre de notre Creuse, ces mains utiles et soudain maladroites lorsqu’elles entravent les jours retirés, non, une génération d’instituteurs, ses parents, les a lustrées de cet ivoire qu’on prend au maniement des livres. Quelques volumes dont un seul, le premier, les Vies minuscules, passe en son extrême les deux cents pages pour la raison qu’il est composé de huit récits différents. Son texte le plus long, Rimbaud le fils, s’aère sur cent vingt pages. A ce jour, l’oeuvre de Pierre Michon, au-delà de sa répartition en volumes, est un carquois de quatorze récits jaculatoires (on le dit des prières, de l’art de l’archer), traits brefs, acérés, tendus, aussi énergiques et vains que ceux d’un Zénon d’Elée, au vol figé vers un saint Sébastien pâle, à la poitrine offerte, dérisoire et tonsuré comme ce Jean-Gabriel Perboyre bienheureux et martyr que Michon révèle dans la Grande Beune, et qu’ils n’atteindront jamais.
Pierre Michon n'a rien écrit de publiable avant 37 ans, comme s'i




