Fred, c'est pratique à écrire, un petit carré sur les touches de la
machine dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, f-r-e-d, ça tombe bien pour un type qui exprime dans des cases les envers du monde, qui dessine sur le dos des miroirs. Mais Fred, ce n'est qu'un petit bout de son nom, il faut presque tout le clavier pour taper Frédéric Othon Aristides, c'est un peu grec comme nom, forcément, ses parents étaient grecs, des Grecs venus d'une région où il est bien difficile d'être grec, la Turquie. Il dit: «L'histoire de ma famille, c'est un peu America-America de Kazan.»
La famille maternelle avait émigré à Londres, celle du père à Paris, pas facile de se rencontrer, surtout que certains ont continué vers l'Amérique, où notre Fred peut se vanter d'avoir quelques oncles. Mais bon, ce sera Paris, le père est cordonnier gare Saint-Lazare, puis place Vendôme, une petite échoppe sur la cour, à l'époque (Fred est né le 5 mars 1931), il y avait encore de la place pour vivre joyeusement pauvre dans les quartiers riches: «J'ai passé les vingt premières années de ma vie rue de la Paix, le jardin des Tuileries était mon terrain de jeu. On parlait grec, anglais et français à la maison, je répondais en français, ma mère avait vécu dix ans en Angleterre, on buvait le thé à 5 heures et chaque soir elle me racontait des histoires, un mélange à elle, entre la mythologie grecque, le brouillard de Londres et son imagination.» Fred a continué, il se raconte des histoires sans cesse, il les




