Il y a quelques années, le dessinateur américain Art Spiegelman
stupéfiait le monde avec Maus, un roman sous forme de bande dessinée qui racontait la Shoah à travers le destin de sa famille juive, et dont la particularité était de représenter les nazis sous les traits de chats et les Juifs sous ceux de souris. La nouvelle réédition en fac-similé (Futuropolis l'avait déjà fait en 1977) de La bête est morte! de Calvo vient rappeler que Spiegelmann eut un illustre devancier en la personne d'Edmond-François Calvo: né en 1892 et mort en 1958, cet aubergiste normand qui signa ses premières planches en 1938, dessina et peignit cet album aux derniers jours de l'Occupation, publié dès 1944, sous forme de deux fascicules, Quand la bête est déchaînée et Quand la bête est terrassée. L'achevé d'imprimer était alors ainsi rédigé: «Entre Le Vésinet et Ménilmontant, dans la gueule du Grand Loup, au groin du Cochon décoré, et sans l'autorisation du Putois bavard, cet album a été conçu et rédigé par Victor Dancette et Jacques Zimmermann, et illustré par Calvo sous la direction artistique de Williams Péra. Il a été tiré pendant le troisième mois de la Libération, sur les cylindres de la Néogravure, pour le compte des éditions G.P., 80, rue Saint-Lazare, Paris IXe.»
Quarante ans avant Maus, la Bête est morte! est déjà un bestiaire sanglant de la Seconde Guerre mondiale: les Allemands y sont des loups, les Italiens des hyènes, les Français des écureuils ou des lapins, les Anglais des bouledogues,




