Il semble dit que Salman Rushdie ne connaîtra jamais la paix avec
ses romans. A l'exception du premier d'entre eux, Grimus, paru sans encombre en 1973, tous les autres ont suscité polémiques, procès, interdictions, voire émeutes. Indira Gandhi intenta un procès contre les Enfants de minuit (Booker Prize 1981), le gagna, mais fut assassinée avant d'avoir vu imprimée une version expurgée du texte. Shame, en 1983, fut interdit au Pakistan pour ses attaques contre le régime du général Zia. Moins de quinze jours après sa publication en Angleterre, en septembre 1988, les Versets sataniques étaient interdits en Inde avant de déclencher le séisme que l'on sait. Aujourd'hui traduit en français, le Dernier Soupir du Maure, sorti en Angleterre à l'automne dernier, provoque à son tour des remous: si l'Inde n'a décrété aucune interdiction officielle, le livre est introuvable dans le pays, notamment à Bombay, suite aux violentes protestations du Shiv Sena, le parti fondamentaliste hindou au pouvoir dans l'Etat du Maharastra. Les dirigeants de ce parti ont en effet cru reconnaître dans un personnage du roman ce qu'ils dénoncent comme une grossière caricature de leur leader, Bal Thackeray, dit le «Tigre de Bombay». Quant au gouvernement indien, il reproche à l'écrivain d'avoir prénommé un chien Jawaharlal, qui était le prénom du Premier ministre Nehru!
«Un dernier soupir pour un monde perdu, une larme pour sa disparition. Ainsi que, malgré tout, un dernier hourra, un dernier et scandaleux éc




