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Critique

Empêtré dans le salpêtre. Sur fond de camp de concentration, de métaphores sur la mémoire et l'oubli, Yves Ravey a construit un canevas tellement serré qu'il reste sans doute l'un des seuls à pouvoir en saisir le fil. Yves Ravey, ALERTE. Minuit, 128 pp., 129 F.

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Publié le 29/02/1996 à 0h38

Yves Ravey nous avait ravi avec sa revigorante Table des Singes,

fait ravaler notre rire jaune sous le Bureau des illettrés, il avait ravigoté nos sangs embrouillés avec le Cours classique, mais cette fois, Alerte, on ne comprend pas ce qu'Yves Ravey nous fait. On voit bien que les romans de Ravey sont de plus en plus courts, qu'ils semblent de plus en plus simples, épurés, resserrés, et pourtant, ils laissent le lecteur de plus en plus perplexe, comme si, en s'accourcissant, ils organisaient le partage de l'effort entre auteur et lecteur au détriment de ce dernier, comme si le noyau dur de l'oeuvre était désormais du ressort de l'oeil et non plus de la main. Admettons qu'on n'ait pas trop compris. Trois hypothèses: soit l'auteur s'est mal expliqué, soit le lecteur n'est pas à la hauteur, soit il n'y a rien à comprendre. Et une quatrième: ce qui est à comprendre n'est pas admissible.

Le plus simple, provisoirement, est de faire confiance à la présentation de l'éditeur qui, lui, a forcément compris, et on lui donne raison, qu'il était opportun d'éditer le livre: «Mandrake Lennox, rapporteur à la Chambre des Sites, ne dispose que d'une journée pour révéler, aux historiens participant à la visite du camp de Waxhausen, les effets du salpêtre sur le mirador. Il en va de la validité scientifique de sa découverte. Simultanément, comme il pressent le danger qui menace sa fille à cause du mystérieux Karl, il se demande s'il peut compter sur sa femme quand elle lui promet de se rendre

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