Parking était une commande, une de ces commandes que reçoivent les
écrivains professionnels, comme des fournisseurs, et qu'ils honorent sans déshonneur pour gagner leur vie. Parking était une commande de la télévision, un monologue pour un film de vingt-six minutes, que Romain Goupil réalisa, et qui fut diffusé à l'insu de l'auteur qui ne posséda jamais de téléviseur (il la visionna un peu plus tard avec reconnaissance), l'auteur, François Bon.
Les vingt premières pages du livre transcrivent donc ce monologue, la parole d'une femme âgée, elle s'adresse à un gardien de parking dont on comprend vite qu'il fut pour elle une sorte de gendre, qu'il fit deux enfants à sa fille, qu'il disparut, et que la fille s'est pendue. La vieille élève les enfants et lui dit «que ni soûle ni folle je parle et t'accuse», page 17. Elle lui dit le peu qu'il est, le peu que nous sommes: «Toi dans ta petite nuit, qui te moques bien de tout ce qui n'est pas la chaufferette à tes pieds et le châle dont sur le matin tu t'enveloppes, soigneusement tenu dans l'armoire à cadenas chiffré. Ce que les hommes disent de leur travail n'est qu'un amas de gestes et d'habitudes qui le leur rend supportable: l'état des piles de ton transistor et l'art qu'ont ses stations de ne pas t'ennuyer» (page 26), et pour finir: «Qu'enfin tu sortes de là, que je t'attrape des deux mains dans ta cage, que je t'agrippe: la rancune, triste mal, insupportable fraternité. Là-bas, aux bords gris de la ville, une femme vieillie trop v




