Menu
Libération
Critique

Ford qui roule

Réservé aux abonnés

Les doutes de la quarantaine, un fils qui tourne mal: toute l’angoisse de la middle-class américaine en six cents pages et un week-end entre autoroute, téléphone et fête de l’Indépendance.

Publié le 21/03/1996 à 2h28

L’homme de 40 ans éprouve parfois une souffrance diffuse, impalpable, tenace. Culpabilité, impuissance, sentiment de ratage. La vie a filé, comme le sable, et le sablier est plus qu’à moitié plein. C’est le moment des bilans, des remises en cause, du «grand huit hormonal». Frank Bascombe, le narrateur d’Indépendance, est de ces hommes-là. Il n’a rien d’un héros, sa femme l’a quitté, un vrai fiasco. Après une escapade régénérante en France, il a commencé une nouvelle vie. Il était journaliste sportif (dans Un week-end au Michigan, un précédent roman de Richard Ford), le voici agent immobilier dans une lointaine banlieue aisée de New York. Célibataire vivant dans la maison de son ex-femme, amant d’une autre dont il ne sait s’il faut en faire sa seconde épouse, il est aux prises avec les déboires de son fils «survivant» (un autre est mort), âgé de 15 ans: vol de préservatifs et violences sur vigile, sans compter une irrépressible et pathologique propension à aboyer, en souvenir d’un chien chéri, mort au milieu de l’enfance (comme son frère?). Frank Bascombe ou «le vieux garçon suspect, l’homme dont la vie est sans mystère, grisonnant, une amorce de bajoues, un peu trop bronzé et fringant, qui parade en ville au volant d’une Chevrolet 58 décapotable astiquée à mort, toujours tout seul par les douces soirées d’été, en polo jaune passé avec des lunettes de soleil vertes sur le nez, le coude appuyé à la portière, écoutant du jazz d’avant-garde, le sourire aux lèvres et feignant de

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique