Si Orsenna prenait un «H», il pourrait légitimement précéder Bernard
Matussière sur la couverture du livre qu'ils ont fait ensemble, sauf à laisser son irrespect rieur s'attaquer à tout ordre, ne fût-il qu'alphabétique. C'est pourtant Matussière, le photographe, qui s'approprie la couverture, petit Cubain, petite Cubaine, mains levées au soleil, le dos à un mur tagué, heureux et appliqués à faire tourner à leur taille des cerceaux légers dont l'ombre portée sur l'asphalte dessine un vélo tombé.A voir ses portraits on se dit d'abord: «Que ces gens sont beaux!», avant de réaliser que les photos sont belles. Orsenna dit que c'est à cause de l'oeil que Matussière a sur le ventre, un oeil de verre qui voit carré et qu'on appelle un Rolleiflex, Bernard Matussière fut l'apprenti d'Emile Muller qui lui demanda de ne jamais oublier ceci: «Avec les autres appareils, tu mitrailles. Avec le Rollei, tu respectes. Il t'oblige à baisser le tête. Ton oeil est sur le ventre.»
Bref, tête baissée et ventre à terre, Orsenna et Matussière se rendirent à Cuba l'an passé pour en rapporter Mésaventure du Paradis, cinquante-deux images et une guirlande d'histoires pour enguirlander ce paradis.
A La Havane, Orsenna retrouve la trace de ses trisaïeux, la dame Villademoros qui fut papetière et son mari Gabriel, ventre lyonnais et grand trousseur, Erik Orsenna ne précise pas qu'au fond il tient des deux. Cette dernière qualité de l'ancêtre assure au visiteur une ribambelle de cousins. Orsenna retrouve le




