En septembre 1940, les nazis vidèrent l'appartement de Léon Blum à Paris, et expédièrent à Berlin plus de quatre-vingts caisses de livres (l'immense bibliothèque de l'ancien critique littéraire) et d'archives personnelles. Si les livres furent rapidement dispersés, les papiers (manuscrits, notes, mémentos, correspondance surtout) furent récupérés en 1945 par l'Armée rouge et entassés dans un dépôt moscovite. C'est fort de cette source nouvelle, complétée par diverses correspondances inédites communiquées par les héritiers (notamment les lettres que Blum écrivit de Buchenwald à son fils Robert), qu'Ilan Greilsammer, professeur à l'université de Jérusalem, propose une biographie, plus «personnelle», de Léon Blum.
Car le livre n'offre que très peu de neuf sur les années d'apprentissage et d'expérience du pouvoir. D'août 1914, quand Blum devint directeur de cabinet de Marcel Sembat, ministre des Travaux publics, aux heures tragiques de la débâcle de 1940, l'itinéraire du chef du socialisme français, puis du Front populaire, est retracé sans éclairage inédit, si ce n'estquelques lettres antisémites et hommages d'intellectuels, comme celui de Cocteau, en 1936: «Je voulais vous dire que je vous aime et vous approuve.»
Les sources exploitées se révèlent plus convaincantes lorsqu'il s'agit d'évoquer les aspects les plus intimes de la vie de Léon Blum. A trois moments au moins (les années de jeunesse et de formation, celles du métier de critique et la sombre période de sa captivité, de




