Malgré l'avalanche d'ouvrages sur la Shoah, quelques historiens,
cherchant avec entêtement dans les archives, parviennent à en renouveler la connaissance. Un universitaire israélien réputé, Yehuda Bauer, conseiller historique de Claude Lanzmann pour Shoah, rouvre ainsi le dossier méconnu des négociations secrètes associant juifs, nazis et Alliés durant la Seconde Guerre mondiale.
Se ralliant au schéma proposé par Raul Hilberg, les historiens, généralement, admettent que «la destruction des Juifs d'Europe» a suivi trois phases. A l'exclusion symbolisée par les lois de Nuremberg (1935) aurait succédé l'expulsion les nazis encourageant l'émigration des Juifs , la décision de l'extermination intervenant in fine, après l'invasion de l'Union soviétique en 1941. Sans contester cette approche, Yehuda Bauer démontre que quelques dirigeants nazis, tout en poursuivant l'anéantissement des communautés juives, ont songé à encourager l'émigration des Juifs, en Slovaquie et en Hongrie notamment.
En 1942-43 s'ouvrent ainsi des négociations associant quelques responsables juifs et Dieter Wisliceny, adjoint d'Eichmann à Bratislava. Croyant, grâce à de copieux pots-de-vin, avoir stoppé la déportation de la communauté slovaque, les négociateurs juifs espèrent étendre ce marchandage à toute l'Europe. En Hongrie, par ailleurs, les Allemands, utilisant des émissaires juifs parfois proches de la pègre proposent aux Anglo-Saxons de troquer des milliers de déportés contre du matériel, dix mille




