Sur le point de regagner son pays, un Américain en poste à Manille
demande à son adjoint, un jeune Philippin, de l'aider à se procurer une statue de dieu, comme souvenir. Pour remercier son patron des multiples avantages qu'il lui a octroyés, le jeune Philippin vole l'idole de son grand-père, au cours d'un séjour chez ce dernier, dans un village de la montagne. Choqué, le jeune Américain tente en vain de refuser le cadeau. Quant au grand-père, il meurt du geste sacrilège de son petit-fils préféré. Celui-ci, effondré, prenant conscience d'avoir tout oublié, d'être devenu étranger à lui-même, décide de rester au village, de sculpter un nouveau dieu, et chasse son ami américain en lui disant: «Tu n'es pas un ami! (...) Si tu l'étais, tu ne serais pas venu ici chercher des dieux à acheter.»
Cette nouvelle, qui donne son titre au premier recueil traduit de Francisco Sionil José, donne bien le ton de l'ensemble: du fait de l'influence américaine, venant après celle des Espagnols, les Philippins sont victimes d'acculturation et le rôle de l'écrivain est de leur rappeler constamment leurs origines. Mais dans le Dieu volé, choix de neuf nouvelles extraites de différents recueils, Francisco José Sionil donne à voir plusieurs facettes de son travail: certains textes puisent dans les sources mythologiques et les traditions populaires, d'autres décrivent la période coloniale espagnole ou les ravages de la société philippine contemporaine exode rural massif, corruption, bureaucratie, pau




