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Critique

Un vrai bandit . Par Claude Lucas, un braqueur incarcéré épris de Lévinas , un roman autobiographique, haletant comme un thriller, réflexif comme un journal intime. CLAUDE LUCAS : Suerte. L'exclusion volontaire Plon, «Terre humaine», 490 pp., 158 F.

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Publié le 11/04/1996 à 4h22

Suerte, la chance en espagnol. Claude Lucas, pourtant, n'en a pas

beaucoup eu dans sa vie: né en 1943, élevé par sa grand-mère, cafetière à Saint-Malo, après le suicide au gaz de ses parents, il fait une première tentative de suicide à 14 ans; renvoyé des collèges, de vol en fugue, il découvre à 15 ans le monde de la prison, «le monde de l'Envers», «l'épreuve même de l'étrangeté». Pour lui la «monstruosité de la prison» ne tient pas à ses conditions matérielles mais au fait qu'«elle met le prisonnier en face de son propre néant. Le supporter sans broncher requiert une certaine habitude. Le subir à 15 ans laisse des traces». Dès lors, l'adolescent en difficulté devient un délinquant. Vols et cambriolages. A 19 ans, il tue le proxénète d'un bar grenoblois. En raison de son âge et de la personnalité de sa victime, il n'écope que de cinq ans avec sursis. Un an plus tard, il est arrêté à Marseille, condamné à deux ans ferme pour vol et port d'armes, et son sursis est révoqué. Il est enfermé à la centrale d'Ensisheim jusqu'en 1970: «sinistre, glaciale. Un cimetière. Pis qu'un cimetière, où du moins les morts sont honorés. Un mouroir.»

Quand il sort, à 27 ans, il a «un mépris viscéral, définitif, du Système et de ses séides, les fonctionnaires». Il replonge aussitôt dans le vol, la marginalité. En 1980, il est arrêté après l'attaque en solo et ratée d'une bijouterie lyonnaise. Cerné par la police, il se tire une balle dans la tête mais son revolver s'enraye. Il fait une deuxième ten

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