S’enfonçant dans l’obscurité du fait d’une vue de plus en plus défaillante, Claude Mauriac, mort le 22 mars dernier, à 82 ans, était conscient du peu de temps qu’il lui restait pour poursuivre l’œuvre entamée depuis plus d’un demi-siècle : son journal. Travaillez quand vous avez encore la lumière, quatrième volume du Temps accompli, et qu’il pressentait comme le dernier, s’achève ainsi : «Je suis encore vivant. Je ne suis plus le même vivant. Mon moi subsistant a une réalité non pas illusoire je suis bien là, ce qui reste de moi, ce que je suis devenu est bien là, mais que reste-t-il de moi ? Feux follets au-dessus d’un marais.» L’essentiel du volume est composé du journal de l’été 40, alors que, mobilisé, Claude Mauriac participe à la débâcle. Un document précieux pour comprendre ce qui se passe alors en France : la rapide acceptation de la défaite, l’admiration de l’Allemagne qui rend plus facile la mise en place «d’un esclavage que chacun accepte sans trop d’indignation», la naissance d’une «France nouvelle à qui on apprend méthodiquement la haine». La naïve confiance donnée aussitôt au maréchal Pétain, si elle témoigne de la mélasse intellectuelle ambiante, est contrebalancée chez Claude Mauriac par une exemplaire et active révolte contre l’antisémitisme de ses concitoyens. Notée le 29 juin 1940, une phrase augure des engagements futurs : «Il semble y avoir un gouvernement français «rebelle à Londres. Tout est relatif. Si la Grande-Bretagne est victorieuse, ces rebelle
Les lumières de Mauriac
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Publié le 02/05/1996 à 6h09
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