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Critique

Rouaud tout flou. De la solitude du footballeur aux manifs pluvieuses de Nantes, Jean Rouaud poursuit la saga dont, après son grand-père et son père, il est cette fois le héros.

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Publié le 16/05/1996 à 5h34

Entré avec fracas en littérature il y a six ans ­ les Champs d'honneur, son premier roman, obtint le prix Goncourt en 1990 ­, Jean Rouaud poursuit depuis l'exploration généalogique de son continent familial. Son grand-père était le héros des Champs d'honneur, son père celui des Hommes illustres: c'est à son tour d'être au centre de son troisième roman. Le Monde à peu près, c'est celui qu'il voit depuis toujours, avec «cette vision tremblante des myopes qui tient le monde à distance, le confine dans un étroit périmètre de netteté aux contours de plus en plus incertains, poudreux, au-delà desquels les formes perdent la rigueur des lignes, se glissent dans une gaine flottante, s'entourent d'une sorte de nuage électronique». Du coup, c'est la vie elle-même qui devient un à peu près, une vue aussi approximative ne pouvant qu'entraîner un apprentissage flou, imprécis, avec un manque certain de perspectives: «Les jours se découvrent à mesure, comme ils viennent. A quoi bon s'y préparer la veille?» Difficile de prévoir l'avenir quand l'horizon de l'oeil s'arrête «au ras des pâquerettes», mais en revanche, «en ce qui concerne la vie des fourmis, le nez dans l'herbe, rien ne nous échappe. L'art du détail, le bruissement du vent, le tapotement de la pluie, c'est notre fonds de commerce».

C'est en tout cas celui de Jean Rouaud, virtuose du détail, imbattable pour décrire la solitude du footballeur de fond sur les terrains de son adolescence et sous les ciels pl

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