Si l'on en croit, et on la croit, la liste des ouvrages parus
publiée en page de garde du Chevron, dix-neuf titres, plus les deux livres présents, on doit considérer Pierre Bergounioux comme un écrivain chevronné. Et si l'on plaçait ces vingt et un volumes comme les degrés d'un escalier, il faudrait bien convenir que cet escalier descend, en marches inégales, dépareillées, mal jointes vers cette chambre secrète d'enfance qu'on n'a pas su ne pas quitter. Mais le pouvait-on? Non, dit le second paragraphe du Chevron: «Tout notre malheur, dit-on, vient de ce que nous ne saurions demeurer en repos dans une chambre. On s'épargnerait à coup sûr bien des fatigues et des déconvenues. On rêverait ses jours. Le monde nous serait épargné. On serait tout occupé de soi, c'est-à-dire de rien. Car on est les choses auxquelles on naît.» Et, page 38 de la Mort de Brune, cette même phrase: «On est les choses auxquelles on naît.»
Pierre Bergounioux est né à Brive en 1949 et, au sortir de la chambre, les deux mains du monde se tendaient vers lui, la petite campagne de Corrèze que l'on arpente aujourd'hui dans le Chevron, et la petite ville de Brive où l'on peut voir la Mort de Brune. Ces chevrons ne sont ni ceux que l'on accroche aux épaules des officiers, ni ces engrenages astucieux qui firent la réputation d'André Citroën, plutôt ce mode de tissage enchevêtré qui fait la belle étoffe qu'on trouvait naguère dans le magasin de confection à Brive, Bergounioux, entre pied-de-poule et prince-de-gall




