Je suis d'un siècle et d'une mer mineurs. Je suis né en leur milieu,
à Naples en 1950.» Ainsi commence En haut à gauche, quatrième livre traduit d'Erri de Luca, âgé aujourd'hui de 46 ans et qui vit à Rome. En 1968, il a 18 ans. Cette année-là, il arrête ses études, entre en militantisme et abandonne tout projet personnel. Erri De Luca est membre de Lotta Continua, organisation d'extrême gauche très active en Italie, jusqu'à sa dissolution en 1976. Il est alors «établi» dans le Nord, aux usines Fiat de Turin, où il reste jusqu'à la grève quasi insurrectionnelle de 1980. Après l'échec du mouvement, il sera licencié avec des milliers d'autres. Il décide pourtant de rester ouvrier. N'ayant aucune qualification, il se retrouve manoeuvre sur les chantiers, métier qu'il exerce toujours aujourd'hui. Vers l'âge de 30 ans, il découvre les vertus et les ivresses de l'alpinisme, qu'il pratique dans les Alpes ou les Apennins: «Ce qui compte c'est d'aller, d'être dans le courant de sa propre solitude exposée, inutilisable à sa propre visée». Sur les aiguilles des Dolomites ou les parois des falaises autour de Rome, il apprend à repousser ses limites, tentant même des «solitaires intégrales», ces ascensions libres sans aucune protection: un jour, il dévisse, tombe d'une dizaine de mètres et roule sur des éboulis. A peine de quoi se casser le nez. En 1989, à la veille de ses 40 ans, il publie son premier livre, Une fois, un jour (Verdier 1992, Rivages poche 1994), un récit centré sur son enf




