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Interview

Erri De Luca, le Vésuve en solitaire. «Je ne sais pas d'où je viens»

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La Bible, le yiddish, Céline, le métier d'ouvrier, la figure du père et la question des origines: comment parler de tout ce «tapage intérieur» et du siècle le plus infâme de tous? Réponses «essoufflées».

Publié le 30/05/1996 à 4h57

Dans Rez-de-chaussée, figure un texte intitulé «Questions». Erri De Luca y parle de l'interview. «On interroge celui qui écrit des livres car on lui concède le privilège d'une certaine sagesse», note-t-il, mais il ajoute: «ce n'est pas mon cas, à leur place se présentent des improvisations dominées par un marasme acoustique de voix intérieures: des bruits obscènes même, des claquements de trictrac, des sifflements de vendeur de taralli et de cacahuètes, des marmites de sauce qui bouillottent doucement, des grands-pères à roulette, un diesel de bateau de pêche annonçant le jour, des appels du fond des cieux et même un fil qui m'est propre. (...) Comment est-il possible de parler ainsi de ce tapage: c'est au contraire une multitude. Chacun de nous est une foule.» Voici quelques-unes de ses «réponses essoufflées».

Pourquoi dites-vous être né dans un siècle «mineur»?

L'humanité chassera de son histoire le XXe siècle, le plus infâme et le plus tueur de tous, il faudra l'oublier. Nous sommes forcés de transmettre ce que nous savons, c'est notre legs, mais nous avons l'impuissance de ceux qui viennent après. C'est pourquoi je crois qu'il ne faut pas seulement garder la mémoire, mais aussi la possibilité de l'oubli.

Pourtant, vous avez appris non seulement l'hébreu, mais aussi le yiddish.

Je me suis mis à apprendre le yiddish après être allé à Auschwitz. Aujourd'hui je peux lire le poète Peretz et Singer dans leur langue brûlée. J'ai traduit en italien des poèmes yiddish. Les langues meurent mais ont la grâce naturelle de la résurrection. Maintenant je chante. Car une langue naît et renaît du chant. J'ai ache

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