Avait-on, en fait, le droit de dire "mon pays si l'on ne pouvait
pas aussi dire "mon peuple?» Cette question que se posait Nadine Gordimer au début des années 60 en s'installant à Johannesbourg après avoir quitté la petite ville minière de Springs, où elle était née en 1923, traverse en fait toute son oeuvre. Femme et blanche au pays de l'apartheid, mais ayant toujours refusé l'exil, Nadine Gordimer a en effet construit la plus grande partie de ses romans et nouvelles sur le refus du statu quo et de l'injustice, et la quête exigeante et courageuse d'une autre Afrique du Sud. Qu'elle peigne des Blancs engagés dans cette voie ou paralysés par leur culpabilité, des Noirs militants ou eux aussi empêtrés dans leurs contradictions, elle n'a également jamais perdu de vue que la recherche de la vérité consiste à sonder autant son âme que celle de son ennemi, et à mettre à jour les mensonges qui s'y cachent, ici comme là. Itinéraire qui la conduisit droit au prix Nobel de littérature en 1991.
Les deux livres aujourd'hui traduits témoignent une nouvelle fois de cette démarche d'écrivain «engagé». Existentialiste après la lettre, son roman Personne pour m'accompagner a paru en 1994, dans une Afrique du Sud en train de se libérer de la ségrégation. Nadine Gordimer y dépeint un nouveau personnage féminin, Vera Stark, una avocate blanche qui a mis son talent au service d'une fondation d'aide aux populations noires expropriées ou déplacées de force, sans pour autant opter pour «la seule faço




