Renaud Camus, son automobile et ses deux chiens visitent la Lozère,
département français dont il discute déjà le genre puisqu'il doit son nom au mont Lozère, masculin et bien trop pointu pour figurer une fille. Camus en rapporte un livre subventionné par le Centre régional des lettres de Languedoc-Roussillon, un non-guide sur un non-lieu, qui doit plus à la littérature qu'au tourisme, plus à l'histoire qu'à la géographie, à la religion qu'à la gastronomie, un livre de considérations. Pour aimer ce livre, il faut aimer les considérations, et se préparer à aimer la Lozère qui n'a cure de votre amitié.
Pour écarter de cette lecture les âmes voraces, Camus prévient très tôt qu'il n'y aura rien à voir, sinon l'espoir d'être vu en situation de solitude, de néant, de nombril de son âme au milieu de nulle part. Les paysages de Lozère seraient en propre «des états d'âme», voire «les Etats de l'âme», et de se plaindre aussitôt de l'étrangeté «que dans notre langue il n'y ait pas d'adjectif pour ce substantif-là!: ce qui concerne l'âme», et derechef il propose amiel, dont il n'usera guère dans le corps du livre. Le premier chapitre, «Non-lieu», est tout entier consacré à la négation de sa propre entreprise afin de nous dissuader de le suivre. Renaud Camus aime la Lozère, et d'autant plus que nous n'y sommes pas. On peut relever en quelques pages toutes bonnes raisons d'ignorer la Lozère: «La Lozère est à l'univers, ou seulement à la France, ce que la théologie négative est au dogme, ce




