Quelle a été l'implication des métiers du droit et de l'appareil
judiciaire dans la persécution des Juifs en France de 1940 à 1944? Les historiens américains Marrus et Paxton ont-ils raison d'affirmer que l'antisémitisme de Vichy fut «essentiellement juridique»? Il aura fallu attendre cinquante ans pour que des juristes français se posent ouvertement et collectivement la question. C'était en novembre 1993 à l'Ecole nationale de la magistrature de Bordeaux, lors d'un colloque intitulé «Juger sous Vichy» et dont les actes ont été publiés en 1994 dans un numéro spécial de la revue le Genre humain. Aujourd'hui, cette même revue, dirigée par Maurice Olender, récidive en faisant paraître les actes d'un nouveau colloque, toujours organisé par des juristes à l'université de Bourgogne en décembre 1995, le Droit antisémite de Vichy.
Comme bien des fonctionnaires, la plupart des hommes de loi en place sous la IIIe République appliquèrent les lois de Vichy et étaient toujours en fonction après la Libération. Les auteurs réunis par Dominique Gros analysent avec minutie ce «glissement, sans précaution ni annonce, de l'examen de la légalité au légalisme, et du légalisme au loyalisme» qui caractérisa la profession sous l'Occupation, et ce au nom du principe: «telle est pourtant la loi, obéissance lui est due». Cette attitude demande toutefois des nuances: c'est parmi les enseignants des facultés de droit que l'on observa «les attitudes loyalistes antisémites les plus nettes», alors que l'exam




