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Libération
Critique

Julie la rouste. Un univers glauque et violent, par une Québécoise dont le nom est aussi doux que son dessin est cru. JULIE DOUCET. Ciboire de criss! L'Association, coll.«Ciboulette», 120 pp., 109 F (100, rue de la Folie-Méricourt, 75011 Paris).

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Publié le 11/07/1996 à 8h21

Ciboire de criss!» est un juron québécois. C'est aussi le titre du

premier album publié en France d'une jeune Québécoise de 30 ans. A la suite de Crumb et Spiegelmann, Julie Doucet s'inscrit dans un genre très en vogue de la BD d'aujourd'hui, le récit-roman autobiographique en noir et blanc, dans un format proche du livre traditionnel, et déjà illustré en France par Trondheim et Menu. Les auteurs en sont les héros, ou plutôt les antihéros, qui racontent leur vie quotidienne, leur vie de couple, leurs ennuis: avec humour mais aussi avec noirceur. Souvent, ces récits intimes en images insistent sur le mal de vivre, la difficile insertion sociale, les angoisses existentielles, les déboires sentimentaux.

Chez Julie Doucet, dont le nom est aussi doux que son dessin est cru, ce quotidien très underground prend parfois des allures fantastiques, l'appartement est envahi de bestioles, des personnages inquiétants hantent les rues, les objets se mettent à parler et le monde onirique envahit une réalité. La dessinatrice, qui a composé l'ensemble comme un recueil de nouvelles, alterne d'ailleurs scènes quotidiennes, récits de rêves, et saynètes intitulées «Si j'étais un homme», dans lesquels elle exprime tous ses fantasmes sur le sexe masculin (elle s'est toujours vue comme un garçon manqué). Univers crade, souvent absurde, et particulièrement glauque pour un crayon de femme, dans un milieu où les filles se comptent presque sur les doigts d'une main (Cestac, Montellier, Goetzinger, et qui?

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