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Critique

Les aveux de Pa Kin. Dans un ouvrage aux relents d'autocritique stalinienne, le romancier chinois nonagénaire confesse ses lâchetés sous la Révolution culturelle. PA KIN Pour un musée de la Révolution culturelle (Au fil de la plume). Traduit et présenté par Angel Pino. Editions Bleu de Chine, 150 pp., 139 F.

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Publié le 11/07/1996 à 8h23

Le premier roman de Pa Kin, rédigé dans les années 20 (en France, à

Château-Thierry), s'appelait Destruction. Le dernier ouvrage de l'écrivain chinois, aujourd'hui nonagénaire, pourrait lui aussi s'intituler «Destruction», puisqu'il évoque son propre naufrage dans les tempêtes du communisme. Le romancier, qui un temps pouvait aspirer à devenir une sorte de miroir de la Chine ­ et peut-être un prix Nobel ­, avoue avoir sombré, par ses compromissions, dans une grande lâcheté. Extrait des chroniques publiées entre 1979 et 1986 dans la presse de Hong-kong, Pour un musée de la Révolution culturelle livre une longue liste d'aveux.

Pa Kin parle des dix ans de «Révolution culturelle» (1966-76), au cours de laquelle il a été enfermé dans une «étable» (les cellules improvisées par les Gardes rouges) pour y rédiger à longueur de temps des autocritiques stériles. «Le minuscule "local du gaz servait d'"étable et nous étions six ou sept écrivains à nous y entasser pour rédiger des "aveux.» «En fait, s'ils (les Gardes rouges, ndlr) voulaient que j'écrive, c'était uniquement pour que j'y use mes forces», constate-t-il. Pa Kin en arrive à «regretter d'avoir écrit [ses] romans (...) et encore plus d'avoir eu des enfants».

Ecrivain coopté par le Parti (il fut «élu» député en 1954 et 58), Pa Kin devient victime consentante. «J'étudiais ce que les "rebelles (les Gardes rouges) nous avaient assigné comme sujet d'étude» (...) «je débitais mes compliments hypocrites d'une traite et sans accrocs...»

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