Marie Darrieussecq est née il y a vingt-sept ans à Bayonne. Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, agrégée de lettres, elle enseigne à l'université de Lille. Truismes, son premier roman publié, provoque avant même sa parution un engouement étonnant à l'étranger. Les droits ont déjà été vendus aux Etats-Unis (chez New Press d'André Schiffrin), en Allemagne (chez Hanser) et en Italie (Guanda): «Cela ne m'était jamais arrivé pour un premier roman», commente l'éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, qui l'a reçu par la poste.
Le sujet du livre en est-il la cause? On peut le penser, car il n'est pas banal: une jeune femme, qui travaille dans une parfumerie où l'on ne fait pas que vendre des parfums aux clients (surtout masculins), se change peu à peu en truie. Elle découvre son goût pour l'herbe, les glands, les flaques d'eau, la boue, en même temps qu'elle assiste à une lente transformation de son corps: de jeune fille «saine», elle devient peu à peu rougeaude et grasse, des mamelles lui poussent, ainsi que des poils rêches, et la frayeur l'envahit quand, en train de s'affairer devant un miroir avec un client, un marabout africain, elle entrevoit en un éclair le groin qui a pris la place de sa bouche.
Pourtant, sa nouvelle apparence ne la répugne pas, tout au plus se sent-elle gênée. Et encore, pas toujours. La fange l'attire, comme la bauge. Et la plupart des hommes ne semblent pas faire vraiment la différence. La parfumerie ne désemplit pas, et les exigences des




