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Libération
Critique

La guerre à 7 ans.L'Italien Ferdinando Camon a vécu la guerre du haut de ses petites années. Il livre ses épouvantes enfantines peuplées de loups et du fracas des bombes. FERDINANDO CAMON Jamais vu soleil ni lune. Traduit de l'italien par Jean-Paul Manganaro. Gallimard, «Du Monde entier», 173 pp., 95 F.

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Publié le 12/09/1996 à 11h03

Un enfant de 7 ans est perché sur un orme. Autour de lui, dans la

campagne de Padoue, la guerre fait rage. Les fascistes tirent leurs dernières rafales, les Allemands traquent les partisans, et les bombardiers américains pilonnent la plaine. Du haut de son perchoir, atteint d'une malformation ­ une jambe plus courte que l'autre ­ qui l'a rendu solitaire, le gamin observe le monde: «Les autres garçons ne m'acceptaient pas dans l'équipe parce que en même temps que moi arrivait la défaite, alors moi, pour ne pas déranger, j'avais pris l'habitude de me créer un monde à moi, et sur la fourche au sommet de l'orme je m'étais bâti avec des planches une plate-forme sur laquelle je me réfugiais du matin au soir en compagnie des esprits. (...) Ainsi bardé de vert, comme si j'étais la cent unième branche de l'arbre, j'écoutais les mouvements les plus secrets de la nature...» Sous ses yeux écarquillés, buses et oisillons, troupeaux et bêtes de trait, travaux des champs et vie des paysans, bien sûr: mais c'est surtout le spectacle de la guerre qui stupéfie l'enfant perché. Aviateur anglais tombé du ciel se cachant dans une grange, belle citadine venue se donner à un fermier changé en cochon, forteresse volante s'écrasant dans un torrent de feu, rafle sadique de villageois suspectés d'abriter des partisans, séance de torture de prisonniers, cadavres mutilés de résistants renvoyés par le fleuve: l'enfant voit même ce qu'il ne peut pas voir, au-delà de l'horizon, car la guerre atroce s'infilt

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