Même s'il a choisi la fiction, Jean Rolin raconte dans
l'Organisation la vie au jour le jour de militant maoïste au tournant des années 70, telle qu'il l'a lui-même connue: anonyme et à la base. Réunions interminables, distribution de tracts et porte-à-porte pour vendre le journal, petits sabotages dans les usines et les lieux de travail, harcèlement des «petits chefs» et de la police, mais aussi difficultés à «s'établir» en usine et à se fondre «dans le peuple», méfiance vis-à-vis de l'organisation (en l'occurrence la Gauche prolétarienne) et de ses mots d'ordre démesurés, maintien d'îlots intellectuels (on continue d'aller au cinéma, d'aimer la peinture abstraite et de lire Malcolm Lowry) contre les durs du mouvement, au risque de perdre de vue la cause elle-même: «Mes collègues s'étonnaient de ce qu'avec mon aptitude au bavardage, je ne me lance pas plutôt dans une carrière de représentant de commerce. Représentant, c'est d'ailleurs ce que je faisais auprès d'eux, à ceci près qu'il m'était impossible, dans l'immédiat, de désigner avec précision la firme que je représentais et la marchandise qu'elle se proposait d'écouler.» De la banlieue parisienne au littoral atlantique, cette lente dérive centrifuge se termine par l'exclusion du narrateur de l'organisation. Il est alors «obligé de remarquer combien le monde suivait un cours éloigné de nos propres desseins, et à quel point nous étions isolés dans notre obstination à préparer la guerre».
Réveil douloureux: à 21 ans, le nar




