Il y a juste un an, Kenzaburo Oé décidait, en réaction contre la reprise des essais nucléaires français dans le Pacifique, d'annuler sa venue en France, prévue pour le mois d'octobre 1995 dans le cadre du Festival de littérature d'Aix-en-Provence. Une décision d'autant plus «douloureuse», expliquait le prix Nobel de littérature 1994, qu'il était «l'un des disciples les plus ardents de l'humanisme français». Cette prise de position lui valait, quelques jours plus tard, une retentissante lettre ouverte de Claude Simon dans le journal le Monde. Le lauréat français du même Nobel (c'était en 1985) reprochait à son homologue japonais de «manifester assez grossièrement» son «hostilité» à la France. Défendant la politique nucléaire française et la «parfaite inocuité» des essais, s'en prenant au silence du peuple et des dirigeants japonais sur les crimes commis par leur pays pendant la Seconde Guerre mondiale, Claude Simon concluait, en citant La Fontaine, à la «légèreté» de son collègue. Celui-ci, piqué au vif, répondait aussitôt à Claude Simon, via le même journal, pour faire part de sa «tristesse»: reconnaissant l'ambiguïté des autorités japonaises quant à leur responsabilité dans la guerre (il a lui-même à plusieurs reprises demandé à son pays de reconnaître ses torts et ses exactions), il voyait toutefois dans la diatribe de Claude Simon «une manière de penser surannée, datant de la guerre froide». Sa prise de position provoqua également l'hostilité des Japonais francophiles, do
La dispute des Nobel
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Publié le 26/09/1996 à 10h29
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