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Critique

Milovanoff à l'ancienne. Une histoire vieille d'un siècle, absinthe, cigares et bordels, mais très contemporaine et livrée avec ses recettes. JEAN-PIERRE MILOVANOFF. La Splendeur d'Antonia. Julliard, 192 pp., 109 F.

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Publié le 26/09/1996 à 10h28

Le livre s'appelle la Splendeur d'Antonia puisqu'Antonia est

splendide. Rousse, jeune, insolente et splendide. Il se dévore comme se dévore la jeunesse et laisse sur l'estomac cette sensation de réplétion à l'an- cienne, comme au sortir d'un repas avec Giono ou, brouillons les pistes pour n'aplatir personne sous une unique stèle, Flaubert. Un peu plus tard, à l'heure de la sieste, on comprendra que la recette est parfaitement contemporaine, puisque ce repas aura été lu par l'entrebée de la porte des cuisines.

L'histoire se passe en ces périodes molles où les siècles se chevauchent, où la France habitait en province, ici à Nîmes. On roule en fiacre, on se fait culbuter, vierge et consentante, par des inconnus en gants beurre frais, les modistes font fortune et les médecins de préfecture vivent de leurs rentes foncières, entre absinthe, cigares et bordels. On a des gouvernantes inutiles, des nourrices lombardes et des portiers bossus. Un temps où le mot mélodrame n'avait rien de péjoratif, alors, pourquoi se priver. Dans ce registre-là, Jean-Pierre Milovanoff excelle, par une verve subtile, un style puissant et moqueur et un vocabulaire ressuscité (qui se souvient qu'un ringard est d'abord une manière de tisonnier?). Il se paie même le luxe de clore certains chapitres, à la façon du feuilletoniste, par une phrase sibylline lourde d'un rebondissement qui vous oblige à mordre à belles dents dans le suivant. Et, sans le recul que donne l'astucieuse construction du livre (patience),

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