Passons qu'on ose écrire si gros «Zéro» sur la couverture d'un
premier roman, comme pour nous tenter d'y mettre une note, surtout lorsque ce chiffre en toutes lettres est l'anagramme de l'auteur. Dès les premières pages, les plus sévères de nos contempteurs ont vite compris qu'il faudra mettre plus: l'écriture tient droit, avant même de savoir ce qui sera dit, on comprend que quelque chose sera dit, directement, sans minauder, et qu'il faudra l'admettre sous la force de la conviction, phrases courtes, puissantes, qui poussent le lecteur devant elles vers une évidence de douleur.
Pascale Roze décrit les choses, forcément, c'est la loi du genre, du roman, mais ce n'est pas pour noyer l'oeil, pour attirer le lecteur dans un décor, dès la fin du premier paragraphe, la description d'un matin dans le ciel est coupée par l'essentiel: «Je m'appelle Laura Carlson. Je suis née le 10 janvier 1944 à New York. Mon père est mort le 7 avril 1945 à Okinawa.» Et, de l'autre côté de la page, après que le paragraphe suivant aura résumé deux ans de vie, le retour d'Amérique, une autre phrase dit un autre essentiel: «Mon enfance fut sinistre. L'appartement était sinistre, mes grands-parents étaient sinistres, et maman s'enfonça dans un silence sinistre.»
Suit le récit des vingt-cinq ou trente premières années de la vie de Laura Carlson. Une enfance contenue entre les mains trop dures d'une grand-mère revêche, un grand-père éteint et une mère dont la folie est de se taire. Et ce père dont elle sait




