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Critique

Carte à strophes. De sextines en sizains, c'est dans un carcan poétique que Michel Séonnet mêle chair et sang. Michel Séonnet, La Tour sarrasine Verdier, 160 pp., 85 F.

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Publié le 17/10/1996 à 0h29

Michel Séonnet, de février 1991 à décembre 1994, le temps de

l'écriture, avait complètement maîtrisé la situation, enfermé son livre dans une forme sophistiquée pour qu'il avance au juste tempo de son écriture, sérieuse, elliptique, noble, pour qu'il ne déborde pas les destins qui s'y croisent, sanglants, douloureux au travers de trois guerres d'Algérie, les assauts de la dernière guerre mondiale, la guerre de libération, déjà guerre civile, et la guerre civile d'aujourd'hui. L'histoire s'y lit dans les yeux morts, aveugles et le témoignage d'un vieux moine catholique, lui le plus pur qui se sait le plus coupable, Dom Aylard, qu'un jeune novice, Tobias, guide jusqu'au sommet de cette tour sarrasine qui titre le livre, «On dit "sarrasine, "la tour sarrasine, mais c'est pour ne pas choisir. Qui l'a construite? Les Sarrasins ou ceux qui voulaient s'en protéger? La réponse n'est pas dans la pierre» (page 16), ni dans le roman, même si elle est, à sa manière, le coeur du livre.

Michel Séonnet tenait l'affaire sous son contrôle d'écrivain, avait fini de coudre son manuscrit en boucle depuis plus d'un an, lorsqu'au printemps 1996 un commando islamiste pénétrait au monastère Notre-Dame de l'Atlas, à Tibhirine, Algérie, enlevait tous les moines dont un jeune frère Tobias, tout juste échappé du cercle de l'écriture. Michel Séonnet rajouta à la perfection de sa forme un post scriptum que le poète périgourdin Daniel Arnaud n'avait pas prescrit: «Les livres qui s'obstinent à venir buter s

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