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Critique

La névrose du scalpeur.

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Après dix ans chez les Mohaves, l'ethnopsychiatre a réalisé la première étude systématique des théories et des pratiques psychiatriques d'une tribu primitive.

Publié le 24/10/1996 à 0h08

C'est en 1932-1933 que Georges Devereux séjourne pour la première fois parmi les Indiens Mohaves d'Amérique. Deux autres longues expéditions suivront, en 1936 et en 1938, ainsi que de brèves visites jusqu'en 1950. Ces dates ne sont pas sans intérêt si l'on sait qu'à cette époque, Georges Devereux était pratiquement «ignorant de la psychanalyse» et que sa recherche n'a donc en rien été influencée par des théories préconçues. Son ambition est alors d'effectuer ce qu'aucun anthropologue n'a fait avant lui, «la première étude systématique des théories et des pratiques psychiatriques d'une tribu primitive»: jusque-là, seuls ont été faits des inventaires de maladies mentales. Pour mener à terme son «Manuel mohave de psychiatrie», il bénéficie du concours d'informateurs et d'interprètes qu'il décrit non seulement comme des collaborateurs dévoués, mais comme «des amis proches», pour la plupart des anciens, des guérisseurs, des chamanes, des sorciers. Malgré la discrétion de l'auteur, la réalité de ses liens personnels, affectifs et thérapeutiques avec des membres de la tribu est manifeste: «Je me suis davantage senti chez moi parmi eux que n'importe où au monde.»

Tribu peu nombreuse, installée le long du fleuve Colorado, en Arizona, les Indiens Mo ha- ves vivent avant-guerre dans des fer- mes dispersées, selon une organisation politique et sociale assez individualiste, dont l'unité de base est la famille nucléaire et la composante plus élargie, le clan patrilinéaire exogame. Peuple

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