Robert Paxton, professeur à Columbia University (New-York),
l'Américain qui a publié, en 1973, la première somme historique sur la France sous l'Occupation (la France de Vichy, Seuil), se penche cette fois sur l'avant-guerre: il a retracé l'histoire passionnante de la «résistible ascension» d'Henry Dorgères et de ses «Chemises vertes», version paysanne des mouvements fascistes qui se sont développés en France dans les années 30. Dorgères, à la tête de ses Chemises vertes (brigades d'action de jeunes hommes), a réussi à mobiliser, de 1929 à 1939, des dizaines de milliers de paysans contre la République, pour un nouveau régime, autoritaire, populiste, protectionniste, antisémite et corporatiste. S'il rejetait, en principe, l'étiquette de «fasciste» «ni fascisme ni communisme», clamait-il , Henry Dorgères appartenait bien à la mouvance de l'extrême droite française entre les deux guerres. Et cette révolte paysanne ressemble fort aux mouvements populaires des pays voisins, dans ces campagnes où, rappelle Paxton, «Mussolini et Hitler ont tous deux trouvé leurs premiers soutiens massifs». Dorgères, tribun «à la machoire solide» et «au cou de taureau», fait évidemment penser à Mussolini. En lisant le Temps des Chemises vertes, on comprend pourquoi la France des années 30 ne deviendra toutefois ni l'Italie mussolinienne, ni l'Allemagne hitlérienne. Il faudra la défaite de 1940 pour que Pétain instaure un régime de fascisme à la française. Entretien avec l'historien.
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