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Libération
Critique

Toute ressemblance"" Retrouvailles de Lionel Duroy avec un itinéraire sombre commencé dès l'enfance. LIONEL DUROY. Mon premier jour de bonheur. Julliard, 224 pp., 109 F.

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Publié le 24/10/1996 à 0h07

Il est ainsi des livres que la première personne occupe jusqu'à

déborder sur la couverture, Mon premier jour de bonheur. Le roman ne dit guère ce bonheur-là, il y conduit, jusqu'à cette page ultime, porte ouverte vers un bonheur espéré, inespéré. Avant, la traversée du livre est noire, et ceux qui se souviennent du premier roman de Lionel Duroy, Priez pour nous (Bernard Barrault éditeur, 1990), retrouvent ici le fil d'un itinéraire sombre commencé dès l'enfance, puisque, sans le dire, le livre d'aujourd'hui raconte l'écriture du livre de naguère.

Les noms ont changé, ceux des lieux, ceux des gens, pas tous, la fratrie du narrateur égrène les mêmes prénoms, Christine, Nicolas, Frédéric. Celui qui raconte a grandi, il a abandonné son langage d'enfant, une femme aimée vient de le quitter, il écrit un livre. Un livre qu'il ne cite pas, sinon ce titre romanesque, la Vie gâchée d'André-Marie Seyvoz, Seyvoz est le nom du père de Luc, le narrateur, la mère aussi l'appelle Seyvoz, comme si l'usage d'un prénom trahissait une tendresse qu'elle refuse. Dans Priez pour nous, le père s'appelait Toto, il était marquis. Luc ne dit rien du livre qu'il écrit, on comprend seulement qu'il raconte l'enfance gâchée par la misère et la prétention d'une aristocratie déchue. Les lecteurs de Priez pour nous ne peuvent se retenir de le reconnaître. La publication du livre de Luc le place immédiatement au ban de sa famille, de ses parents, de ses nombreux frères et soeurs, jusqu'à la haine, la menace,

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