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Critique

Wright, le fou du volant. Un roman en huit nouvelles où rôde l'ombre d'une Ford Galaxie et d'un serial killer, et le portrait en creux d'une Amérique désaxée. «Tout ce qui arrive en Amérique arrive sur la route». Rencontre. STEPHEN WRIGHT. Etats sauvages. Traduit de l'américain par Serge Chauvin. Gallimard, 393 pp., 150 F.

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Publié le 24/10/1996 à 0h07

Boucles d'oreille, anneaux dans le nez et la lèvre, lunettes

d'aviateur roses, longs cheveux grisonnants ramassés dans un catogan, blouson et boots de cuir noir, tatouage sur le bras: même dans cette banale cafétéria de la Sixième Avenue, Stephen Wright cultive son apparence. Une forme d'«état sauvage», pour reprendre le titre de son troisième roman, le premier à être traduit en français. A 48 ans, cet ancien journaliste né à Cleveland ­ aujourd'hui installé à New York après avoir obtenu le diplôme de l'Iowa Writer's workshop (il y côtoya John Irving et John Cheever) ­ ne s'est pas fait connaître par sa prolixité: trois romans en treize ans. Le premier, issu de son expérience d'officier dans le Vietnam en guerre (Meditations in Green, 1983), le second sur la bizarre histoire d'un cou- ple se prenant pour des descendants d'extra-terrestres (M31: a Family Romance, 1988).

Etats sauvages, le dernier (paru en 1994 aux USA), explore un autre thème très contemporain de l'imaginaire américain, celui du serial killer. Par une belle soirée d'été finissant, dans une banlieue résidentielle de Chicago, en plein barbecue, un homme laisse tomber femme, enfants et amis, et disparaît. Personne ne le retrouvera. Pas même le lecteur. Tout juste repérera-t-on, au hasard des chapitres, sa voiture, une Ford Galaxie 69 verte, toujours pré- sente sur les lieux d'un crime, parking d'autoroute, motel minable, station d'essence, villa orgiaque, tout au long d'une dérive cauchemardesque jusqu'à la côte O

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