Au commencement était le verbe, puis vinrent quel-ques adjectifs, des noms, tout le bataclan, ils sortent par les bouches, les plumes et rentrent par les oreilles, les yeux, les langues se délient, pleines de pleins et de déliés. Lorsqu'on se mit à écrire du français, des morceaux de cette langue encore éparse entre dialectes et accents, on disposait d'un alphabet manié pour une autre, le latin, une langue morte et empaillée afin que connaissance se passe. Ces lettres traçaient des sons plus ou moins tus, on les sollicita pour en fixer d'autres qu'il ne connaissait pas, manquaient certaines lettres, tandis que d'autres s'insinuaient qu'on n'avait pas sonnées et qu'on n'entendrait pas. Les uns voulaient que l'écrit ne soit que la sténographie de ce qu'on entendait, comme une partition musicale, tandis que les autres tenaient à y témoigner de l'histoire, de l'étymologie, de la grâce visuelle, l'hommage d'une langue fille pas encore orpheline en attendant d'être sevrée. Bernard Cerquiglini raconte avec passion, érudition et malice cinq siècles d'invention d'une orthographe française, cinq siècles de débats entre anciens et modernes, savants et artistes où les progressistes ne sont pas toujours ceux que l'on croit.
Cerquiglini a borné son récit entre 1150 et 1694, du moment où la littérature française (Chrétien de Troyes) adopte une graphie commune, s'écrit pour être lue et non plus pour témoigner en aide-mémoire de ce qui continuait à être diffusé oralement, jusqu'au premier di




