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Libération
Critique

Les allumettes gaulliennes. Dans une somme imposante, Jean-Louis Crémieux-Brilhac reconstitue l'aventure hasardeuse de la France libre. Jean-Louis Crémieux-Brilhac. La France libre, De l'appel du 18 Juin à la Libération. Gallimard, 970 pp., 198 F.

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Publié le 31/10/1996 à 23h44

Au commencement était le verbe" Lancé le 18 Juin 1940 par un général

inconnu, l'Appel constitue bien l'acte fondateur du gaullisme de guerre. Mais de Gaulle peine à s'imposer. «J'ai fait la France libre avec des bouts d'allumettes», confiera-t-il. Les faits qu'aligne Jean-Louis Crémieux-Brilhac dans sa somme confirment ce constat désabusé. Si l'Afrique équatoriale se rallie dès 1940, le Sénégal et l'Afrique du Nord restent fidèles à Vichy. Les volontaires débarquant à Londres sont peu nombreux, et les Forces françaises libres (FFL), en 1940, comptent moins de 8 000 hommes. Les exilés socialistes dénoncent, derrière le patriote, l'apprenti dictateur. Même les soldats français répugnent parfois à combattre sous l'étendard à croix de Lorraine, l'attaque anglaise contre la flotte à Mers-El-Kébir (1940) et les affrontements fratricides de Syrie (1941) ayant rafraîchi les enthousiasmes. De Gaulle est longtemps resté un homme seul.

La roue, pourtant, va tourner. Les fragments d'Empire qui se rallient donnentune première base territoriale. Le BCRA du colonel Passy offre aux Alliés d'inappréciables renseignements. Les FFL se couvrent de gloire, à Koufra puis à Bir-Hakeim. La Résistance intérieure se développe et reconnaît de Gaulle, du moins comme symbole, après le voyage que Christian Pinau, fondateur de Libération-Nord, effectue à Londres au printemps 1942. Le discrédit du régime vichyste renforce également par contrecoup la légitimité du Rebelle. Enfin, et surtout, Charles de Gaull

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